Rencontre avec Julien, un "paloumayre" passionné de chasse à la palombe

Le tunnel aménagé de Julien dans sa palombière

Que ce soit à l’affût, au pylône, en palombière ou dans les cols, la chasse de la palombe séduit et émerveille. Présent maintenant sur l’ensemble du territoire français, le ramier aiguise les passions et réveille en nous nos désirs d’escales lointaines. Et même si cet oiseau hiverne de plus en plus dans nos campagnes, comment ne pas sentir son coeur battre à la vue d’une envolée matinale ou d’une vague bleue déferlant dans le ciel automnal d’un mois d’octobre ou de novembre ? Cette passion, Julien la vit au quotidien, et de saisons en saisons. Rencontre avec un jeune féru.

Julien au poste de desserrage du sol

Julien, est-ce que tu peux te présenter à nos lecteurs ?

Avec plaisir. Je m'appelle Julien, j'ai 33 ans, je vis dans les landes girondines, au sud de la Gironde. C'est un territoire qui pénètre dans la Gascogne, à une vingtaine de kilomètres à vol d’oiseau du Sauternais, sur les premières côtes graveleuses de la Garonne.

J’exerce le métier de grimpeur élagueur. Mon biotope à moi, ce sont des milliers d’hectares de pins et de chênaies. C’est d’ailleurs la plus grande forêt artificielle d’Europe, puisqu'avant la plantation des pins, la région était comparée au Sahara. On y trouve aussi de vastes cultures de maïs, véritables garde-manger pour nos grandes migratrices.

Julien observe le ciel dans le but d'apercevoir les pigeons ramiers au loin

Comment t'est venue cette passion pour la chasse de la palombe ?

J’ai commencé à m'intéresser à la palombe avec mon oncle : je l'accompagnais lors de ses sorties avec mon appareil photo. Puis, un jour, j'ai fini par franchir la porte d'une cabane et, comme toutes celles et ceux qui ont un jour eu ce privilège, j’ai attrapé le virus de la "maladie bleue". 

Je chasse en famille, au filet, dans une palombière au sol à travers laquelle nous pouvons circuler sur près de 250m de couloirs. Pour nous, le principal est de prendre du plaisir et d’en donner à nos invités et convives lors de leur passage au paloumey. Pour attirer les pigeons ramiers, nous "jouons" les oiseaux au sol : autant dire qu'il faut être d’un calme et d'une patience exemplaire pour ce type de pratique. Sans ça, inutile d'espérer faire venir les belles bleues sauvages.

Ascension d’un pin pour élaguer l'arbre

La sécurité pendant la préparation de la palombière. Parlons-en!

L'élagage et le nettoyage des arbres est une phase ô combien primordiale : oui, je possède un matériel couteux (harnais, cordes, mousquetons et j'en passe), mais ce dernier est indispensable à ma sécurité et à celles des autres. Rien ne s’improvise dans un arbre, à 15m de haut. D'ailleurs, je n'insisterai jamais assez : la sécurité dans la phase préparatoire d'une palombière, notamment au moment où on monte aux arbres, est essentielle. Pour vous assurer au maximum, je vous conseille de vous équiper d'un harnais, de deux longes, de gants, de mousquetons à double ouverture, d'un casque, d'un pantalon et de chaussures adaptées. Autre point, mettre en place systématiquement un rappel pour quitter l’arbre à la fin du chantier ou en cas d'urgence (coupure, attaque de frelons ou d’abeilles). Si vous n’avez pas les capacités de grimper, appelez un professionnel ou passez une formation avec l’aide de votre Fédération Départementale de Chasse. 

La chasse du pigeon ramier est exigeante : comment te prépares-tu pour chaque saison à venir ?

Nous préparons la chasse en amont sur presque une année. Il faut que tout soit prêt pour fin septembre. Entre réfection des couloirs, mise en place des nouvelles potences, élagage des arbres.. il y a énormément de travail. Bien évidemment, tout ne se passe jamais comme prévu : il y a les coups de vent qui donnent toujours de quoi faire avant la saison, puis les nombreux réglages et autres travaux à l'intérieur du poste qu'il ne faut pas négliger. Bref, si vous attendez le dernier moment pour penser à tous ces éléments, autant dire que votre saison de chasse à la palombe sera compromise.

A cela, il faut ajouter les soins et le nourrissage de nos oiseaux, s'occuper de ceux qui sont nés durant l'intersaison, etc. Chaque ramier a une place qui lui est propre à la palombière. Certains seront loin des sols, dans les chênes de préférence, d’autres seront à proximité de l'installation.. nous avons un "espion", Momik, un jeune mâle aux yeux redoutables : il aperçoit les palombes et les autres grands migrateurs comme les milans, buses et grues avec une vivacité déconcertante.

Registre de données migratoires sur le pigeon ramier par la FDC33

Dis-nous de ce que représente pour toi la palombe

Pour moi, la palombe, c’est avant tout un régal pour les yeux et beaucoup d'émotions : les voir tourner autour du poste, repartir, et parfois virer pour venir se poser.. ce sont des moments magiques. La chasse de la palombe, c’est aussi jouer des ficelles, puis jouer au sol, avec cette attente interminable caractéristique entre les allers et venues des ramiers. La palombe, c’est également la cabane, cet endroit mystérieux et envoûtant où nous y sommes comme à la maison.. cet endroit de réception, de bons repas, de rires.. cet endroit où il faut avaler sa bouchée d’entrecôte en un éclair car un vol vient de se poser dans le bois.. Et puis, il y a les journées de pluie, où le canapé devient ton meilleur ami car les ramiers ne daignent voler dans ces conditions, les sorties aux cèpes et girolles pour faire avancer les heures. Voilà, c'est tout cela que représente pour moi le pigeon ramier.

Couloir de la palombière menant au sol

Tu as créé une page PPPC33 sur Facebook : peux-tu nous en dire quelques mots ?

J’ai voulu inscrire les palombières au patrimoine culturel, pour ne pas laisser disparaître cette chasse emblématique du Sud-Ouest, confiée et transmise par nos anciens. C’est un réel héritage, et je considère qu'il faut absolument le faire connaitre et reconnaître pour que vivent le plus longtemps possible nos cabanes et nos installations. Je pense qu'il faut aussi persévérer dans l’échange et le partage avec toutes celles et ceux qui n’y connaissent rien mais qui sont ouverts au dialogue et qui souhaitent s'intéresser aux traditions cynégétiques.

Première blette de pigeon ramier Solognac

Que penses-tu de nos premières et nouvelles formes de pigeon qui arrivent cette année ?

Même si je ne pratique pas la chasse de la palombe au poste avec un attelage de formes disposées dans un champ, je suis conscient que pour faire approcher les oiseaux au plus près, il faut des formes hyper réalistes (au niveau de l'attitude, de la posture, des couleurs, de la morphologie..). J'ai eu l'occasion d'avoir votre nouvelle blette dans les mains il y a peu, et je dois dire que le réalisme est frappant. Nos belles vont y être très réceptives c'est une évidence.

Poses-tu des congés comme ces centaines de paloumayres au mois d'octobre ?

Chaque année, je prends environ un mois de vacances pour aller à la chasse de la palombe, du 10 octobre au 11 novembre en général. Il faut avant tout que cela reste un plaisir. Mais depuis quelques saisons maintenant, nous avons constaté un décalage dans le couloir migratoire sur les communes voisines. Nous ne sommes pas encore tellement impactés, mais jusqu’à quand ?

Désormais, le passage est plus ou moins régulier. Le temps y joue pour beaucoup. Je comptabilise tous les vols que nous apercevons depuis notre palombière dans deux carnets : un pour la cabane et un pour le réseau palombe mis en place par notre fédération de chasseurs. C’est très important d’avoir des données chiffrées pour en apprendre un peu plus sur cet oiseau opportuniste, tellement fascinant mais tellement mystérieux.

Julien et son collègue observent les palombes qui passent dans le ciel

Quelques conseils à donner à nos lecteurs pour réussir une saison de chasse à la palombe ?

Je n’ai pas de recette miracle pour la palombe : il n’y a pas de techniques extraordinaires et/ou magiques. Il y a surtout, et avant tout, beaucoup d'observation. Il faut s’essayer à beaucoup de choses et peaufiner son installation sans partir dans les excès. Ce qui est sûr, c’est que la patience et la rigueur au poste sont primordiales. Sans ça, c’est un peu compliqué de faire une saison correcte. Savourez les instants de camaraderie, écoutez les histoires et dictons puis faites-vous votre propre opinion.

Julien en cueillette de cèpes

Est-ce que tu utilises des vêtements ou accessoires spécifiques pour chasser la palombe ?

J’utilise les vêtements chauds Solognac, les polaires surtout, et un pantalon qui ne fait pas de bruit pour marcher discrètement dans les couloirs. C'est très important pour ne pas faire s'envoler les ramiers venus se poser dans les arbres alentours de la cabane. Pour les chaussures, je mets une paire de montante, qui me sert aussi lorsque je vais ramasser les champignons. Je porte la marque parce que les vêtements sont qualitatifs avant tout.

Découvrez nos 2 nouvelles formes de pigeon ramier

L'intérieur de l'installation de Julien

Un mot pour terminer ?

Je ne peux que vous transmettre de belles ondes pour vos saisons de chasse à venir. Je vous souhaite de profiter des ambiances d’octobre, de ces repas si conviviaux, je vous invite à vivre votre passion, toujours dans le respect des oiseaux et des autres pratiquants de la forêt. Ouvrez vos cabanes aux enfants du village, relayez autant que possible ce savoir faire authentique et traditionnel qui fait de nous des paloumayres. Car comme le disait le réalisateur P. Glotin, "les palombes rassemblent les hommes plus qu’elles ne les divisent". Paloumayrement vôtre.

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