Bécasse : Franck nous raconte son début de saison exceptionnel, rapidement écourté

Franck nous raconte dans cet article comment il a vécu son plus beau début de saison de chasse à la bécasse, néanmoins très vite écourté par les annonces du gouvernement liées au reconfinement.

Bécasse : Franck nous raconte son début de saison exceptionnel, rapidement écourté

Ici, à 950 mètres d’altitude au coeur du Limousin, Franck Delmonteil a pour habitude de commencer à chercher les premières bécasses aux alentours du 20 septembre. En effet, tous les ans depuis des années, ce passionné par la quête de la belle des bois lève en principe son premier oiseau à cette date, entre le 20 septembre et le 1er octobre. Rencontre avec ce chasseur expérimenté, ce disciple de Scolopax Rusticola, qui vivait en cette année 2020 son meilleur début de saison depuis qu'il est en possession du permis de chasser.

Troisième décade de septembre : c’est parti pour une saison de chasse à la bécasse !

Cette année, comme de coutume, j’ai préparé tout mon matériel. Le fusil de calibre 28 est passé chez l’armurier pour une petite révision : il est nettoyé et huilé. J'en ai aussi profité, cet été, pour effectuer un passage au ball-trap du coin afin de tirer quelques cartouches et me remettre l'arme à l’épaule. Mon équipement Solognac est également prêt, et mes vêtements sont à leur place sur mon porte manteau spécial chasse. En principe, j'aime commencer ma saison en portant un gilet sur un polo, mais cette année le mauvais temps est arrivé de bonne heure et la température ne dépasse pas les 5°C en ce neuvième mois de l'année. C’est donc ma veste 520 marron fluo, que je possède depuis 1 an déjà, qui va m’accompagner sur mes premières sorties. Même après une saison complète sur les épaules, elle est toujours autant résistante et imperméable. 

Franck, bécassier, pose avec son setter
Un setter en pleine action de chasse à la bécasse

La première sortie : toujours un moment excitant

9h, le 26 septembre. La pluie, le vent et le brouillard sont présents au point le plus haut de ma commune. Quand je sors de la voiture, j’ai la sensation d’être au mois de novembre. Pourtant, je ne sais pas pourquoi mais dans ma tête je me dis qu’une bécasse peut être là : la première de la saison n’est pas loin, je le sens, je le devine.

Voilà maintenant une heure que mes deux setters chassent dans les sapins. Le son des sonnailles envahit ces grandes étendues, et seul le vent fait plus de bruit que ces morceaux de métal façonnés de façon artisanale dans les Pyrénées, et qui pour moi sont la musique du bécassier. Mélodie dont je ne pourrais me passer même en utilisant des beepers ou des gps, en fonction des biotopes et des conditions de chasse.

Premiers arrêts des chiens et première rencontre avec Dame bécasse

Tout à coup, le silence se fait et je retrouve les deux chiens côte à côte. Le tricolore est couché et le bluebelton est à patron un mètre derrière lui. Quelques secondes passent et les deux auxiliaires reprennent leur quête. Les arrêts vont s'enchaîner ainsi de nombreuses minutes durant, tous plus beaux les uns que les autres. L’adrénaline parcourt mon corps à chaque fois que je rejoins les chiens. La bécasse, car je suis sûr que c'en est une, "joue" avec nous trois. Elle a toujours un coup d’avance et visite la sapinière dans tous les sens. Il faudra attendre un onzième arrêt pour enfin l’apercevoir quelques dixièmes de secondes. Elle était là, sous un sapin, à quelques longueurs de la truffe des chiens. Puis, je la retrouve visuellement une seconde fois à une cinquantaine de mètres, mon 28 la saluant à deux reprises sans résultat. Nous sommes le 26 septembre, la saison est lancée.

Les bécasses sont arrivées sur le Plateau de Millevaches

Depuis cette date et tout au long du mois d’octobre, j’ai régulièrement trouvé des oiseaux. Les années passées, il y avait toujours une période creuse entre le 3 ou 4 octobre et le 20 du mois, mais cette année ce n’est pas le cas. Je lève des bécasses à chaque sortie. Je réalise même mon premier prélèvement le 3 octobre : une jeune rousse de 291 grammes. Ce fut une belle matinée de chasse, mais je préfère tout de même vous raconter dans les paragraphes suivants ma sortie du 17 octobre, réalisée avec ma compagne Alexandra afin d’essayer de réaliser quelques clichés photographiques.

Bécasse : la plume du peintre
Franck et son calibre 28 lors d'une partie de chasse à la bécasse

Pairon de bécasse : deux pour le prix d'un !

Ce jour-là, lorsque l'on arrive à 950m au point le plus haut sur ma zone de chasse, le temps est bouché. Quelques grives passent sur les sapins mais aucune palombe ne se montre à l'horizon. On attaque notre sortie par une belle sapinière, qui en principe reçoit bien les "migratrices de passage". Rien, aucun signe de présence. Les setters chassent bien, avec envie et méthode, mais les mordorées semblent avoir quitté le secteur. Alors que nous attaquons une seconde zone de sapins, mes compagnons ralentissent leur quête, cherchent au sol quelques instants puis coulent. Tout à coup, Indiana, mon bluebelton, se bloque à une centaine de mètres. Il est rejoint rapidement par Jet, le tricolore, qui patronne par la droite. Je me place alors légèrement sur la gauche par rapport aux chiens : les branches des conifères sont assez basses et il n'y a pas beaucoup de visibilité. “Fla fla fla”, la belle prend son envol et je la vois monter vers les premières branches. D'un coup d'aile la belle crochète, mais mon coup de 28 la fait basculer. Elle tombe au sol. Indiana va au rapport et ramène la belle rousse. Un oiseau de 338 grammes, que je m'empresse bien évidemment de rentrer sur l'application "ChassAdapt". La journée commence pour le mieux n'est-ce pas ?

Nous poursuivons notre progression. Les chiens continuent leur prospection. Clairement, ils travaillent une seconde bécasse. Trois arrêts nous font monter la pression mais à aucun moment nous ne pouvons voir la "sorcière des bois". Nous changeons alors de secteur. Jet file loin et marque l'arrêt au beau milieu d'une grande sapinière. Nous le rejoignons en même temps qu'Indiana, qui évoluait plus sur la gauche. Les chiens sont tendus... "fla fla fla"... Et encore “fla fla fla”... le premier pairon de la saison vient de prendre son envol ! Quel beau spectacle que de voir ces deux dames au long bec partir à quelques mètres des setters immobiles. Nous retrouverons une des deux bécasses un peu plus loin au bord d'une piste.

Mon prélèvement personnel journalier étant atteint, je ne charge même pas le fusil qui reste sur mon épaule. On termine notre tour et on décide de sauter de l'autre côté d'un chemin pour prospecter une autre zone. Jet s'arrête à quelques encablures de nous et se met à couler sur 10 mètres, 20 mètres... Il accélère, se fige, puis repart ainsi durant quelques instants. Arrêt ! En quelques enjambées nous arrivons sur lui. “Fla fla fla”... et je vous le donne en mille : “fla fla fla”... un autre pairon. Les belles nous laissent le temps d'apercevoir leur frêle silhouette et leur magnifique couleur mordorée. Quelle belle matinée ! Alex, elle aussi, est aux anges. Quel plaisir pour elle que de pouvoir arpenter les bois librement, et de suivre le travail des chiens l'appareil photo autour du cou.

Une bécasse à l'envol au milieu de sapins

Une fin de saison bécassière anticipée

Ce mercredi 28 octobre, comme vous tous je pense, j’ai écouté le Président de la République annoncer le confinement pour quatre semaines. Etre confiné le mois de novembre, le mois par excellence pour la bécasse, je le craignais depuis des semaines mais je ne pouvais l’imaginer. Il va falloir faire avec. Certes, il y a de quoi être attristé de ne plus pouvoir chasser, mais nous devons tous prendre conscience que c'est en respectant les règles et les gestes barrières que nous pourrons combattre ce virus. Des saisons de chasse, nous en avons tous vécu et nous en vivrons encore. Un des points positifs que je vois à cette seconde phase de confinement, c'est que nos belles vont pouvoir rejoindre tranquillement leur lieu d’hivernage.

Peut-être pourrons-nous de nouveau sortir à leur rencontre en décembre, ou en début d'année prochaine. Mais quoi qu'il en soit, pour celles et ceux qui ont des jeunes chiens, je vous encourage à profiter de cette période pour parfaire leur dressage, que ce soit sur le plan de l’obéissance ou du rappel, points clés pour profiter sereinement de ses auxiliaires à la chasse.

Mon fusil a rejoint son râtelier et mes vêtements leur porte-manteau. Encore une fois, je le redis quand même, respectons le cadre de jeu. Espérons que la pause ne soit que de courte durée et que très vite, nous pourrons rejoindre le chemin des bois.

Continuer d'entrainer son chien pendant le confinement : une étape à ne pas oublier